Dog Life

Carole Douillard, Dog Life – Diary of Residency – Algiers (details), 2013

11 September 2013 – 3:12 pm
Cité nationale de l’histoire et de l’immigration – Paris
Where does the narrative start?
I’m asking myself « where does start the narrative? »
When should I start writting?
Here?
From the perspective of a journey, from his planification, from the start of the trip?
But when the journey is really starting?
When has it started?
Before 1971 or in 1982? in 1999? in 2002? in 2012?
On February 2013 or right now?
Will the day I’ll be leaving for Algiers be the start?
(…)

3 October – 5 pm – Algiers
This is the first day.
While arrived the fear has disappeared.
Efficiency of the real.
A big deal.
Imaginary is a lure. It makes us take things for what they are not.
I had come to search for a pyramid. (…)

4 October – 10:12 am – Algiers
How does men live in Algeria? Is the society as a whole deprived of motion (of the body) and of liberty (of thinking) or is it only a part of the society concerned by regression/repression?
How to emancipate here?
“How to accept my children to grow up with other kids that being slapped if they do not prey correctly? »
(This is Malek Bendifallah speaking) (…)

5 April 2014 – 15:35 pm – Algiers subway
Just now Samia peeled an orange for Malek.
Spontaneously, he handed it saying « I can’t do it » and very spontaneously, she peeled it.
(…)

7 April – 10:20 am – Algiers room
Working on comparison from projections to reality. A complex place, let say subtile. A psychic place. Tiny space between to project and to experiment. Between day dream and lived. What « weaves » between the imagined and the « roam ». Mental space – real surface. It’s a bit the only solution that we have. So, the real is a meeting place. 9:59pm
But when the projections collapse to make way for the real, the result is strange – which results. What I was planning initially as « problematic » for example no longer seems to me a limit but rather an element of reality.
Well I can’t write, can’t formulate my thoughts – I’m too exhausted, I will resume tomorrow.

8 April – Algiers
Sorting of images. Fuzzy thoughts and bumps between them. I can’t recall if I arrived there yesterday or three days ago – it’s actually been 4 already. The strange sensation, and very familiar at once, to be at home here came back to me yesterday while we went through the streets of Algiers up and down. Ambient mess, sounds, endless dust, passing cars, the city, its smell, all that is very common for me. The body takes its bearings. It is the same here as elsewhere.
So always that feeling (life) to be everywhere at home/along with oneself, as soon as the body is perceived as one.
I am looking for.
I’m going through Bruce Nauman’s videos, especially one Walking in an Exagerated Manner Around the Perimeter of a Square.
Since I’m focused on this research project – (I’m trying) – American major figures of performances, especially Bruce Nauman, are running through my head. They refer, like haunting images, at the same time as « Memories » and projections. Projections as « project ».
Being in the project to pursue something from here (Algeria) to there, the USA. Something to do in the area, with American landscapes, deserts of California…
I escape from urban thoughts from the city, teeming, traveled yesterday.
It is in the landscapes of Kabylia that my thoughts wander now.
I hear the sound of the Super 8 film projector used by Bruce Nauman to film himself walking in an exaggerated manner around the perimeter of a square.
My computer is placed in front of me. I throw glances on the screen and the gesture of Nauman then lay down my eyes to the notebook on which I am writing.

1:31 pm
Calm is back. That of the place, and that, perhaps, of the body.
In the place, the body arises, and if the place is quiet so the body can be quiet.
Hypersensitivity to the place. Porosity again. I hear and I know I am in the heart of a huge city, teeming and growling (the roar of cars, subways, trucks), in the heart of a city that never stops to be built and falling into ruin at the same time. The ruins of course of the Colonial Empire. At the same time that the empire is falling apart literally, the city, majestic and proud, stays still beautiful.
I wonder what would Algiers look like if it had not been figured, designed, invented (architecturally) by the French?
This Haussmannian city laying under palm trees and blue sky is splendid.

11 septembre 2013 – 15h12
Cité nationale de l’histoire de l’immigration – Paris
Où commence le récit ?
Je me demande « où commence le récit ? » À quel moment je commence à écrire ? Ici ?
Dans le moment de la perspective, de la projection du voyage, au moment où je commencerai le voyage ?
Mais le voyage commence quand ?
Quand a-t-il commencé ? Avant 1971 ou en 1982 ? en 1999 ? en 2002 ? en 2012 ? En février 2013 ou maintenant ?
Commencera t-il le jour de mon départ pour Alger ?
(…)

3 octobre – 17h – Alger
C’est le premier jour.
Arrivée, la peur est évanouie. Effectivité du réel.
Toute une montagne.
L’imaginaire est un leurre. Il nous fait prendre les choses pour ce qu’elles ne sont pas.
J’étais venue à la recherche d’une pyramide.
(…)

4 octobre – 10h12 – Alger
Comment les hommes vivent-ils en Algérie ? Est ce que toute la société est privée de mouvement (du corps) et de liberté (d’esprit) ou est-ce seulement une partie de la société qui est concernée par la régression / répression ? Comment s’émanciper ici ?
« Comment accepter que mes enfants grandissent avec d’autres enfants qui prennent des gifles si ils ne font pas bien leur prière ? »
(C’est Malek Bendifallah, qui parle) (…)

5 avril 2014 – 15h35 – Alger métro
Tout à l’heure Samia a épluché l’orange de Malek. Spontanément, il lui a tendu en lui disant « je ne sais pas le faire » et très spontanément, elle lui a épluché.
(…)

7 avril – 10h20 – Alger chambre
Travailler sur la confrontation des projections à la réalité. Un endroit complexe, disons, subtil. Un lieu psychique. Espace infime entre projeter et expérimenter.
Entre rêverie et vécu. Ce qui se « tisse » entre l’imaginé et le
« parcourir ». Espace mental – surface réelle. C’est un peu la seule solution qu’on ait. Du coup, le réel est un lieu de rencontre.

21h59
Mais quand les projections s’effondrent pour laisser place au réel, c’est étrange le résultat – ce qui résulte. Ce que je projetais, au départ comme
« problématique » par exemple ne me semble plus une limite mais un élément du réel.
Bon je n’arrive pas à écrire à formuler mes pensées je suis trop épuisée, je reprendrai demain.

8 avril – Alger
Tri des images. Pensées floues et des aspérités entre elles. Je ne sais plus si je suis arrivée hier ou il y a 3 jours – ça fait déjà 4. La sensation étrange, et très familière à la fois, d’être chez moi ici m’est revenue hier alors qu’on parcourait les rues d’Alger de long en large. Le bordel ambiant, les sons, la poussière infinie, les voitures qui circulent, la ville, son odeur, tout ça m’est très commun. Le corps prend ses repères. Il est le même ici qu’ailleurs. Toujours donc cette sensation (vie) d’être partout chez soi / avec soi, à partir du moment où le corps est perçu comme un même.
Je cherche.
Je parcours les vidéos de Bruce Nauman et particulièrement Walking in an Exagerated Manner Around the Perimeter of a Square.
Depuis que je suis concentrée sur ce projet de recherche – (je cherche) – les figures américaines de la performance, et particulièrement Bruce Nauman, me trotte dans la tête. Elles renvoient, comme des images lancinantes à la fois des « mémoires » et des projections. Des projections au sens de « projet ». Etre dans le projet de poursuivre quelque chose depuis ici (Algérie) vers là bas, les USA. Quelque chose à voir dans le territoire, avec les paysages américains, les déserts de Californie… Je m’évade car partie de pensées urbaines, depuis la ville, grouillante, parcourue hier. C’est dans les paysages de la Kabylie que mes pensées se promènent maintenant.
J’entends le son du projecteur Super 8 qu’utilise Bruce Nauman pour se filmer marchant d’une manière exaǵérée autour du périmètre d’un carré.
Mon ordinateur est posé devant moi.
Je jette des coups d’œil sur l’écran et le geste de Nauman, puis repose mes yeux sur le carnet sur lequel je suis en train d’écrire.

13h31
Le calme est revenu. Celui du lieu, et celui, peut-être, du corps.
Dans le lieu, le corps se pose et si le lieu est calme alors le corps peut ê̂tre au calme.
Hypersensibilité au lieu. Porosité encore.
J’entends et je sais que je suis au cœur d’une ville énorme, qui grouille et qui gronde (le grondement des voitures, des métros, des camions) au cœur aussi d’une ville qui n’arrête pas de se construire et de tomber en ruine en même temps. Les ruines évidemment de l’Empire Colonial. En même temps que l’empire tombe en ruines au sens propre, la ville, majestueuse et fière, reste magnifique.
Je me demande à quoi ressemblerait Alger si elle n’avait pas été figurée, dessinée, inventée (architecturalement) par les français ?
Cette Haussmannienne sous les palmiers et le ciel bleu est splendide.